27/02/2007
Le casque-micro
Depuis quelques temps, l’idée d’acheter un casque-micro me trottait dans la tête afin d’offrir la possibilité aux internautes « lost in this blog » d’écouter quelques-uns de mes textes lus par mes soins. Je voyais là l’occasion de m’amuser un peu. Du coup, j’ai enregistré un exemple ici. Il va falloir que je trouve une solution pour alléger mes fichiers sons parce que là 2,58 Mo c’est bien lourd pour 2 minutes et 49 secondes de lecture ! Je voudrais aussi profiter de cette note pour expliquer mon absence de plus d’un mois due, entre autres raisons, à l’écriture d’un texte plus long qu’à l’accoutumée (une vingtaine de pages word que je vais poster chapitre par chapitre prochainement) et à un texte d’adieu commis sur mon ancien blog.
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10/01/2007
Les leçons du professeur Sénil : l'humour.
Chers élèves, bonjour ! Ce matin en dégustant un café par ailleurs assez tiédasse, j’ai lu dans un magazine la phrase suivante à propos d’un film qui vient de sortir : « ce réalisateur fait preuve d’une absence totale d’humour ». Alors l’humour, vaste champ certainement magnétique capable de rapprocher ou d’éloigner les esprits, peut être utiliser à des fins forts variables, je n’en ferais pas ici la liste exhaustive mais disons qu’il peut être utile pour des choses aussi différentes que la gaieté, la relaxation, l’amour ou l’argent. Ne trouvez-vous pas étrange que son absence dans un film d’une heure trente semble avoir choqué ce critique de cinéma ? Non, en fait moi non plus car son usage est une des caractéristiques de l’être humain et comme disait l’autre s’il n’existait pas nous ne serions pas ce que nous sommes et il faudrait certainement l’inventer. Un outil d’une telle puissance est évidemment difficile à maîtriser, oui, bien difficile pourtant chacun, peu ou prou, est en mesure de le pratiquer alors comment s’y prendre ou plutôt comment le prendre ? Je n’ai, bien entendu, pas de réponse universelle à apporter à cette vaste question mais je peux exposer ma propre technique qui je l’espère pourra vous aider ou du moins vous éclairer. D’abord, j’évite de prendre l’humour par derrière, c’est un petit peu vulgaire et puis pour avoir essayé, j’ai pu remarquer que je restais bloqué dans l’air. Voyez vous, cela flottait sur une surface invisible mais n’atteignait personne car pour qu’une plaisanterie ou un mot d’esprit fonctionne, il faut plonger c’est à dire changer le mouvement des choses plutôt horizontal chez nous à l’image de notre mode d'écriture et c’est de ce changement, de cette verticalité soudaine que viendra ou ne viendra pas l’égaiement des esprits ou disons pour être encore plus clair l’union succincte d’esprits aimantés. Contrairement à la muse surréaliste Jacques Vaché qui oblitérait le « h » pour commencer par un grand « U » (Umour), je conçois l’humour avec un petit « h » souvent introduit par un « l » apostrophe qui marque peut-être sa capacité à « voler » que ce soit dans l’air ou dérober des choses qui ne nous appartiennent pas. La barre initiale du « h » symbolise le plongeon, seulement comme vous pouvez le voir lorsque vous observez sa typographie, il faut remonter tout de suite en arrondissant la chose, en courbant le roseau du sérieux, en tordant le droit comme un « i » qui caractérise la raison ou du moins la non-déraison. Ainsi, vous signalez à vos interlocuteurs que vous êtes dans le champ du rire, l’humour joue sur les frontières mais nécessite une certaine complicité. Vous pouvez certes rire seul mais le rire des autres est beaucoup plus enrichissant, nourrissant, ils vous envoient des ondes que vous ne pouvez pas produire ainsi les sensations ne sont pas les mêmes, le plaisir recueilli n’a pas la même intensité, tout parallèle avec l’acte sexuel n’est pas à exclure. Après cela, certains de vos interlocuteurs seront peut-être déjà perdus ou peu attentifs mais il faut continuer, vous inversez le mouvement pour atteindre le « u » qui n’est qu’un « n » inversé, « n » faisant partie du « h ». Le « u » a la forme d’un fer à cheval, ce n’est certainement pas un hasard, il porte chance et a aussi la forme des aimants les plus répandus ainsi il va transporter vos interlocuteurs collés à vos lèvres vers le « m » qui est un double « u » inversé mais qui est aussi dans notre belle langue la consonne de l’amour. Récitez dans vos têtes « m », « m » et forcément « aime » du verbe aimer vous viendra à l’esprit, vous ne pouvez pas ne pas y penser. D’autre part, « aime » égale deux fois « haine », ces sentiments comme ces lettres sont évidemment liés et l’humour d’ailleurs n’est jamais aussi efficace que lorsqu’il est féroce ce qui ne signifie pas grossier ou vulgaire mais simplement une double haine démontre l’aspect ridicule, la simplicité aveugle, l'obscure absurdité de ce sentiment et vous mène à l’amour.
Ne me vouez pas aux gémonies, je suis certes allé un peu vite en besogne en simplifiant les choses sans doute influencé par mon éducation mais disons que ce double « n » mène à la non-haine, pas forcément à son contraire mais à autre chose qui vous fera relativiser ce « n » qui est partout masqué dans l’humour où il est tordu, ridiculisé, métamorphosé par deux « u » un « m » et un « h ». Si j’arrêtais là mon exposé, nous n’aurions qu’une interjection « hum » signifiant un raffermissement de voix, une réticence, un étonnement ou un appel pour signaler notre présence. Le « m » est central, troisième lettre d'un mot de six lettres, il introduit la seconde syllabe, il vous faut le lier à l’ « o » l’élément parfait dans lequel nous aimons baigner, le cercle ouroborique, ici, je fais une parenthèse (ce terme barbare vient d’Ouroboros, le serpent ou dragon qui se mord la queue présent dans les cultures chinoises, égyptiennes, phéniciennes, grecques, aztèques, indiennes, aborigènes bref un peu partout symbolisant le temps cyclique et la continuité de la vie). Ce « o » rappelle aussi de façon sonore les ébahissements des badauds par exemple lors d’un feu d’artifice. L’humour est en quelque sorte le feu d’artifice du langage verbal ou non verbal. Il le fait éclater et les lumières produites éclairent d’un jour nouveau les êtres et choses qui nous entourent. Attention, il ne faut pas que vous restiez prisonnier du « o » cycle splendide aux pouvoirs hypnotiques ce :
O, Suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
-Ô l’Omega, rayon violet de Ses Yeux !
cher à Rimbaud sinon l’attention de vos partenaires s’éparpille en mille fusées, vous les perdez, les laissez tourner en orbite autour d’une planète humour qui ne les attire plus. Heureusement, l’aimant « u », la lettre chance arrive à la rescousse telle la cavalerie des vieux westerns annoncée par le Suprême Clairon, elle revient comme une boucle indispensable avant la chute. Là, vous enchaînez sur l’ « r » car l’humour finit dans l’air, cet air indispensable à la vie humaine, ce mélange de plusieurs gaz qui forment l’atmosphère mais qui peut aussi signifier une manière d’être ou une mélodie instrumentale. Il est important ce « r » final pour l’harmonie du mot, il fait durer la syllabe et retombe lentement, il est aussi la première lettre du rire. Ainsi, tout s’enchaîne comme dans une réaction chimique. Voilà pour aujourd’hui, des questions ?
20:15 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : humour, langage
08/01/2007
L'indispensable inutilité d'un doux cylindre
La liberté de fumer se consume comme une cigarette. L'objet cylindrique de 83 millimètres de longueur dont 25 millimètres de filtre vient se caler entre l'index et le majeur pour l’allumage d'un plaisir mineur. Le feu d'un briquet fort commun brise la perfection géométrique de la petite torche. Le tabac blond haché me grise. Le fin papier blanc strié de bandelettes gris clair est dévoré par un imparfait cercle noir qui, lui-même poussé par un orange magma voilé d’une toison de cendres, avance irréversiblement vers l'ocre du filtre. Chaque aspiration fait rougeoyer le foyer que cache des écailles d'argent, je jouis de la proximité de cette faible lumière tout en sachant qu'elle assombrira mes poumons. Fumeurs et non-fumeurs sont prévenus par l'inscription en caractère noir sur fond blanc "Fumer tue" qui accapare depuis longtemps déjà le tiers le plus bas de la face avant du paquet. La destruction de la cité-gare Nicotine ou gare Eteci pour les verlans free dégage des volutes de fumées nocives et goudronne mes cellules des affres de la dépendance. Posé sur un cendrier, la fumée s'élève en une fine colonne dense avant de se disperser en rubans torsadés diaphanes qui s'étirent vers l'invisible. Une question essentielle et grotesque me décharge quelques neurones : si la fumée passive au lieu de vouloir rejoindre les nuages était attirée vers le sol, les hommes fumeraient-ils autant? Un parfum de réponse se faufile dans mes cloisons nasales mais s'évapore et n'atteint pas l’esprit.
20:05 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : cigarette
29/12/2006
Mémoire cachée
Sur l’ovale d’un lac rose pale flottent tes yeux brillants qui découvrent le monde. Epaulé de deux radars sur les côtés et d’un sonar à deux narines au centre, ces espions de l'âme inspectent le moindre mouvement, bruit, signe, tentent de décrypter la moindre parole qui servira à bâtir un être humain futur.
Bientôt, tu pourras imiter nos postures verticales et nos encouragements guillerets te pousseront à te dépasser. En s’éloignant du centre de la Terre, ton cerveau s’élèvera vers la lumière des cieux. Tu marcheras seule, ton corps ne vacillera plus, cambré, tête en avant et coccyx en arrière, à chaque fois que, témérairement, tu avanceras un pied.
Tes babils sculptés par la mémoire s’articuleront en langage et tu économiseras un peu de la fantastique énergie des premiers âges, gaspillée à crier, à pleurer, à rire, à t’agiter frénétiquement pour pouvoir communiquer.
Tu oublieras sans doute qu’à la perception de la sonnerie du chauffe-biberon, tu applaudissais ; ton visage n’était plus qu’un immense sourire qui aspirait l’attention émerveillée des humains qui t’entouraient. Te souviendras-tu de ces multiples séances de clapping, de ces pressions, plus ou moins brutales, exercées sur ton petit corps aux os encore souples pour en extirper les glaires prisonnières ? En caressant le chat de ta grand-mère au sortir de la petite enfance, te remémoreras-tu comme tu te précipitais jadis sur l’animal mystérieux agitant le bras que ne tenait pas ta mère et hurlant d’incompréhensibles onomatopées ? Reverras-tu surgir de l’inconscient, le regard effrayé du félin domestique qui contrastait avec ton bouillonnant enthousiasme lorsque, sans méchanceté, tu jetais vers l’animal ton biberon vide pour établir un contact amical avec la fourrure de la pure créature qui n’exprimait alors qu’une envie : fuir, quitter cette pièce habituellement si paisible et soudain devenue cauchemardesque au plus vite. Qu’adviendra-t-il de cette serviette bleu à carreaux qui t’occupait durant des heures où tu la pétrissais, la pliais, l’agitais, la malaxais, la serrais de toutes tes forces avant de la jeter à terre? Teinteras tu tes rêves du bleu foncé si singulier de ce géant tissu un peu rêche qui régalait tes menottes ? Que deviendront tes compagnons préférés : l’éléphant turquoise en peluche que tu embrassais si souvent avec des expressions de petite maman et l’élégante Mistigrette en robe de velours rouge que tu chérissais de tendres regards et de gestes doux ?
Ils seront sûrement remplacés comme d’autres jeux remplaceront le désopilant lancer de sucette, ce prodigieux artefact qui en plus de t’éviter d’avoir les pouces rongés, te permet de mastiquer tes angoisses et de manager les humains aux sourires idiots mais bienveillants qui t’encerclent.
Le souffle des souvenirs plus ou moins fidèles de cette époque qui te seront contés durant des années fera battre le voile qui recouvre ta mémoire cachée. Par défaut, tu bâtiras l'histoire de tes premiers âges.
01:10 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : bébé, mémoire, langage
22/12/2006
Changer de vie(1)
Un joli visage féminin se reflète sur la carrosserie rutilante d’une Mercedes noire. Les phares lancent des clins d’œil complices lorsque j’actionne l’ouverture automatique des portes. La fille prend place à mes côtés et arrange délicatement sa chevelure d’un geste ample et élégant. Ses doigts en charpie : des petits bouts rouges de chair ensanglantée sous des éclats de peau déchirée sans doute à coups de dents font éclore dans mon esprit les fleurs malades de son angoisse. Sur le parking, une centaine de jeunes adolescents, tous de sexe masculin, tapotent de concert sur leur téléphone portable.
Nous sommes dans l’ère du Tout-Com, les sms, chats et courriels confisquent peu à peu la Parole. Une nouvelle vie pour l’écrit ! Une aubaine pour ressortir Grammaire de son mouroir ! Un bonheur régénérant pour les timides et autres handicapés de l’oral dont je fais partie ! Mais voilà que la langue perd un peu de sa chair, les voyelles s’envolent et reste des squelettes d’abréviations aux os tranchants. Les obstacles vocaux ont gagné le steeple-chase du Verbe, consonne, consonne, qu’on sonne la retraite ! Appel urgent à la cavalerie de l’orthographe ! En SMS s’il le faut !
Les difficultés respiratoires de ma compagne emportent la guerre des décibels sur le bruit du moteur diesel. La Mercedes noire avance lentement vers un immense portail en bois. Cent têtes se tournent vers nous en un instant, l’essaim d’adolescents se rassemble autour de la voiture. Des rictus menaçants balafrent ces faces ténébreuses. Une rumeur assez vague prend forme peu à peu, les sons issus de leurs bouches entrent en phase et fuse quelques « nique ta mère » bientôt inaudibles, engloutis par un chœur de « Gloire à Bouddha ! ». Pupilles dilatées de mystique colère, des dizaines de visages acnéiques collent leurs lèvres vibrantes aux vitres de la berline et les maculent de traces de graisse humaine et de buée troublante.
Soudain, la jolie fille à coté de moi qui n’est autre que ma petite amie officielle depuis six ans lève ses mains vers le toit de la voiture, ses yeux sont blancs, ses muscles raidis, son corps se contracte à plusieurs reprises comme possédé en une espèce de transe et elle s’écrie, sortant sa grosse langue qui bouge comme un essuie-glace, à l'unisson avec la menaçante assemblée « Gloire à Bouddha ! ». Sous la poussée surhumaine de ces volontés unifiées, la Mercedes s’élève vers les cieux. Un petit cri d’horreur semblable à un de ceux qu’elle pousse lorsqu’elle aperçoit un iule dans sa baignoire se noie dans mes tympans affolés. Un sourire, elle se tourne vers moi, approche son visage, ses yeux ne sont plus que d’immenses iris bleu carnivores, les pupilles ont été dévoré, le blanc digéré !
Sursaut. Je me réveille sur un banc de béton quelque part dans Paris avant que la voiture que je n’ai jamais eu atteigne le Nirvana ou soit renversée sur son toit. Un petit chien blanc aux jappements acariâtres semble signaler en tirant sur sa laisse que mon sursaut a perturbé la quiétude de sa promenade. Sa maîtresse, hypnotisée par un charme canin inefficace sur ma personne, le laisse pisser au pied de mon banc.
_Ah, il est charmant votre caniche !
_Shiva, enfin ! Il a ses petites habitudes, vous comprenez, c’est son banc préféré !
_Ah, bon ! D’accord…
Je souris bêtement faute de trouver quelque chose à dire. Je n'ai pas droit aux excuses, dormir sur un banc comme un clochard, fâcheuse habitude, et le banc préféré de Shiva ! Je ne mérite que la sentence de l’urine canine. Place Dauphine, je te reconnais maintenant. Je dormais alors que j’ai tant de choses à faire. Je dois changer de vie et je dois le faire vite.14:00 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, rêve



