08/01/2007
L'indispensable inutilité d'un doux cylindre
La liberté de fumer se consume comme une cigarette. L'objet cylindrique de 83 millimètres de longueur dont 25 millimètres de filtre vient se caler entre l'index et le majeur pour l’allumage d'un plaisir mineur. Le feu d'un briquet fort commun brise la perfection géométrique de la petite torche. Le tabac blond haché me grise. Le fin papier blanc strié de bandelettes gris clair est dévoré par un imparfait cercle noir qui, lui-même poussé par un orange magma voilé d’une toison de cendres, avance irréversiblement vers l'ocre du filtre. Chaque aspiration fait rougeoyer le foyer que cache des écailles d'argent, je jouis de la proximité de cette faible lumière tout en sachant qu'elle assombrira mes poumons. Fumeurs et non-fumeurs sont prévenus par l'inscription en caractère noir sur fond blanc "Fumer tue" qui accapare depuis longtemps déjà le tiers le plus bas de la face avant du paquet. La destruction de la cité-gare Nicotine ou gare Eteci pour les verlans free dégage des volutes de fumées nocives et goudronne mes cellules des affres de la dépendance. Posé sur un cendrier, la fumée s'élève en une fine colonne dense avant de se disperser en rubans torsadés diaphanes qui s'étirent vers l'invisible. Une question essentielle et grotesque me décharge quelques neurones : si la fumée passive au lieu de vouloir rejoindre les nuages était attirée vers le sol, les hommes fumeraient-ils autant? Un parfum de réponse se faufile dans mes cloisons nasales mais s'évapore et n'atteint pas l’esprit.
20:05 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : cigarette


